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 So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb

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MessageSujet: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Sam 12 Mar - 21:05


CALEB & REESE

Debout dans ma petite cuisine, je m'activai, en vain. Mes gestes, imprécis, me faisaient perdre un temps fou. Je jetai d'ailleurs un coup d'oeil à ma montre... Et merde. Il était déjà 18h30, et de tout ce que j'avais prévu pour le diner que je préparais pour Caleb, je n'avais encore rien préparé. Rien, si ce n'était la vinaigrette pour la salade. On allait pas aller loin avec ça ! Un livre de cuisine spécialement acheté pour l'occasion sous les yeux, je tentai, tant bien que mal, de suivre la recette. Malheureusement pour moi, entre ma lecture, et ma préparation, je n'arrivais plus à contrôler quoi que ce soit. A vrai dire, j'étais tellement débordée que c'étaient les éléments qui me contrôlaient. Soufflant un bon coup, je tentai de me ressaisir. Je me devais d'agir vite mais bien. Ce qui, entre nous n'était pas gagné. S'il y avait bien une chose pour laquelle j'étais encore moins douée que le rangement, c'était bien la cuisine. Et pourtant, je m'étais risquée à faire cet exercice périlleux, et ce, simplement pour Caleb. Son départ, la veille, avait été soudain. Bien que ces deux jours passés sans lui puissent sembler court, pour quiconque, en revanche, ils m'avaient semblé durer une éternité. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'il me manquerait à ce point. En un sens, ce manque m'effrayait. Dépendais-je à ce point de lui ? J'avais pensé que non, qu'il occupait simplement une place importante dans ma vie, et que ça s'arrêtait là. A présent, en revanche, je constatai que, sans lui, ma vie n'avait aucun sens. Et c'était bien ce qui m'effrayait : le fait qu'il ait pris une telle importance dans ma vie et ce, sans que je puisse y faire quoi que ce soit. C'était bien là mon principal défaut : cette envie de toujours vouloir tout contrôler, de toujours vouloir rester maître de la situation. C'était, du moins, ce qu'on me reprochait le plus souvent. C'était à cause de ça, que j'étais si nulle en cuisine, parce que je me contentais de suivre les recettes à la lettre et que, ce faisant, j'en oubliais le plus important : la saveur des aliments, l'amour et la passion mis dans la préparation. C'était aussi pour cette raison que mes relations amoureuses n'avaient été que des échecs cuisants, jusqu'à présent : j'avais toujours voulu tout contrôler, de A à Z, si bien que j'étais bien souvent passée à côté de belles histoires, et de belles occasions. Avec Caleb, les choses étaient légèrement plus différentes, en revanche. Si je tentai – comme toujours – de contrôler mes sentiments pour lui, je n'y parvenais pas toujours, cependant. Cet homme avait le dont de réveiller une passion en moi, une folie, que je n'aurais jamais pensé posséder. Son insouciance, sa maladresse, son humour, avaient su me démontrer que parfois, il était bon de lâcher prise, de laisser nos sentiments nous guider. Oui, vivre avec Caleb, sans se soucier du reste, était bon. Il était bon de se lever le matin, et de ne pas savoir de quoi le lendemain serait fait. Il était bon de retrouver les chocolats qu'il laissait ici et là dans l'appart', de l'entendre rire, blaguer, de le voir sourire. L'insouciance, à ses côtés, n'avait que du bon. Etais-je prête, cependant, à me laisser complètement aller ? Pas totalement. Parce que, dans le fond, je craignais toujours une chose : qu'il ne finisse par m'abandonner, lui aussi, que tout ce que j'avais à lui offrir ne lui suffise plus. C'était idiot. Il était venu jusqu'ici pour moi, il avait tout quitté : famille, travail, amis, pour me rejoindre ici. Je savais pertinemment que ça n'était pas anodin et que, peut-être, alors, lui aussi, ressentait quelque chose à mon égard. Mais se l'avouer en face était toujours plus difficile. Alors, à défaut de parler, j'avais décidé d'agir. Si, au quotidien, il était celui de nous deux qui montrait le plus ses sentiments, par des gestes, par des mots – qui pouvaient pourtant sembler anodins mais qui ne m'échappaient cependant pas – j'avais bien décidé de lui montrer, à ce jour, que moi aussi, j'étais capable de bonnes intentions à son égard. Oui, j'étais décidée à lui montrer que j'étais capable de plus, mais aussi bien décidée à occuper une place aussi importante dans sa vie, et dans son coeur, que celle qu'il occupait dans les miens. Des efforts inutiles ? Je n'en étais pas si sûre. Et puis, ne disait-on pas qu'il valait mieux en faire trop, que pas assez ? Enfin, pour le moment, mes bonnes intentions n'en étaient resté qu'au stade de projet, car je n'avais pas fait grand chose et que le peu que j'étais en train de faire s'envolait – littéralement – en fumée.

« Oh non ! », me lamentai-je, alors que je vis la fumée envahir la cuisine, et que je constatai, avec horreur, que tout notre diner venait de cramer.

Me dirigeant vers la fenêtre, que j'ouvrais, histoire d'aérer la pièce, mais aussi et surtout histoire d'en faire sortir la fumée, j'agitais alors mes bras dans les airs, en espérant pouvoir le faire le plus rapidement possible.

Malheureusement, un bruit – celui de la porte d'entrée – m'obligea à m'arrêter, les bras toujours dans les airs.

« Reese ?! »

Oh non, il était là ! Pour une fois, je regrettais de ne pas le voir rentrer plus tard. Je me pinçai la lèvre inférieure, agitant plus rapidement mes bras – comme si ça pourrait faire partir aussitôt la fumée et cette atroce odeur de nourriture brûlée qui avaient envahi la pièce (et probablement le reste de l'appartement).

« Je suis dans la cuisine ! » Non... Sans blague ? Comme s'il ne l'avait pas encore deviné à l'odeur ! Quelle idiote. « N'entre pas ! »

Ca, en revanche, c'était trop en demander à Caleb. Et j'aurais dû m'en douter. J'entendis un bruit derrière moi et je me retournai, ma poêle à frire en main, de la sauce tomate sur la joue, et un air désespéré sur le visage. Je m'arrêtai quelques secondes, ne sachant trop quoi dire.

« Je sais que tu m'as fait promettre de pas m'approcher de la cuisine en ton absence mais... J'voulais te faire une surprise. » , dis-je alors, comme pour me justifier. Je lui adressais un léger sourire, mi gêné, mi amusé, avant d'ajouter, « Mais on peut toujours commander une pizza ! »

Nouveau sourire, plus large cette fois-ci. Pendant un instant, mes yeux croisèrent les siens, et je sentis les battements de mon coeur s'accélérer, comme à chaque fois qu'il était dans les parages, à vrai dire. Déposant ma poêle dans l'évier, et me retournant vers lui, je m'approchai avant de lui faire remarquer :

« L'appart' est nickel, cela dit en passant. », dis-je alors, désignant d'un signe de tête le reste de l'appartement.

J'en profitai alors pour m'approcher encore plus de lui, déposant un baiser sur sa joue, puis, après un léger silence, je demandai :

« Alors, New-York, c'était comment ? »
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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Mar 15 Mar - 1:21

    18h00. Il serait même rentré plus tôt que prévu. Un sourire étira ses lèvres.

    « Mesdames et messieurs, veuillez attacher vos ceintures, notre avion va très bientôt atterrir. »

    Caleb s’exécuta avec habilité, observant du coin de l’œil une jeune femme qui semblait avoir du mal à comprendre comment les deux bouts de la ceinture se joignaient. Les avions n’avaient plus de secret pour le jeune homme. Lorsque son père partait en déplacement pour le boulot plus d’une semaine, il l’embarquait généralement avec lui. Ainsi, Caleb avait toujours considéré les avions comme un grand terrain de jeu. Du moins, jusqu’au jour où, jouant à cache-cache avec lui-même – faute de mieux -, son père l’avait oublié dans l’appareil.

    Une fois sur la terre ferme de Caroline du Nord, il réussit à interpeler rapidement un taxi, non sans trébucher, et regarda l’heure sur son iPhone. Il serait rentré pour 19h, au grand maximum.

    « Vous semblez d’bien bonne humeur, jeune hom’. » Lança le chauffeur, qui l’observait dans le rétroviseur.

    Ce n’est qu’à ce moment-là que Caleb réalisa qu’un sourire niais était placardé sur son visage. Il rougit légèrement.

    « Haha, je… Oui. » Répondit-il simplement.

    Que dire de plus ? Comment expliquer ce qui, depuis ce matin, le rendait aussi nerveux – et heureux - qu’une puce ? Il se trouvait profondément ridicule, et ne comprenait même pas ce qui lui arrivait. L’amour était à ses yeux quelque chose d’abstrait. Loin d’enchaîner les conquêtes, sa vie sentimentale se résumait très certainement en un seul mot. Reese.

    Il était parti moins de 48 heures, et pourtant, ça lui semblait atrocement long. En 48 heures, Reese aurait eu le temps de se tuer trois fois en trébuchant sur un truc mal rangé de l’appartement. Non, ça c’était plutôt son style à lui. Elle aurait eu le temps de se couper la main en essayant de tartiner du pain de mie et de faire brûler leur appartement.
    Il tenta de s’apaiser. Reese était une grande fille, elle avait survécu sans lui – Dieu seul sait comment ! – pendant plus de vingt ans, qu’aurait-il pu advenir en deux jours ?
    De la musique dans les oreilles, le visage appuyé contre la vitre du taxi, il vit défiler devant lui les quelques bouts de natures restants qui séparaient Hope Mills de l’aéroport, puis Keystone Bridge, dont Reese lui avait raconté l’histoire, le Holly Cross Cemetery, les premières habitations, et enfin les immeubles du centre-ville.

    « Nous v’là à Soquel Av’nue, m’sieur. »

    « Nous y voilà. » Se répéta-t-il intérieurement, levant les yeux vers l’immeuble dans lequel l’appartement de Reese – qui était désormais aussi le sien – se trouvait.

    Cela faisait à peine deux mois que Caleb avait découvert Hope Mills – la ville qui avait vu grandir Reese et visiblement, de nombreux secrets - mais il y avait trouvé quelque chose que jamais New York ne lui aurait apporté : une certaine forme de sérénité. Lui qui avait grandi dans un loft high-tech, au milieu d’adultes tous plus « modernes » les uns que les autres, trouvait le calme apparent de cette bourgade de province reposant. Ce n’était pas non plus le petit village cliché, perdu au milieu du rien, où les téléphones avaient du réseau une fois sur deux car soyons clairs, Caleb n’y aurait pas survécu.
    Il adressa un sourire timide au conducteur, tira sa valise sur le trottoir, et se pencha à la fenêtre passager, de quoi régler le vieil homme en main.

    « Merci. »
    « Mais de rien mon grand ! » Il inclina légèrement son béret en guise de salut et le taxi s’éloigna.

    Rapidement, il rentra son sac de voyage dans le hall de l’immeuble, et en ressortit. 18h19. Il avait largement le temps de remonter la rue jusqu’à l’autre grande avenue de la ville, Monterey, pour prendre de quoi manger. Reese était une fille en or, à qui il aurait fait confiance pour quasiment tout, parfaite sur bien des points, mais malheureusement, la cuisine ne faisait pas partie de ces points. Lui-même, dans son genre, était moins catastrophique, mais sa fâcheuse tendance à s’auto-entraver ou à échapper tout ce qui lui passait par les mains restait tout de même assez problématique. Ainsi, il n’était pas rare qu’ils finissent autour d’une pizza ou de plats chinois à emporter.

    A peine trois minutes plus tard, il s’arrêta devant un petit commerce de pâtes à emporter. L’odeur l’incita à entrer et à commander deux « box » aux sauces différentes. En un rien de temps, il fut de retour devant l’immeuble, d’où une fumée noire de mauvais augure s’échappait. A mieux y regarder, il réalisa que non seulement cela venait de l’immeuble, mais en plus cela sortait de la fenêtre de LEUR cuisine.

    Attrapant son sac au passage, il grimpa trois à trois les marches des deux étages qui le séparaient de l’appart et d’une Reese potentiellement déjà asphyxiée, tout en s’évertuant à garder les boîtes de pâtes en équilibre sur ses bras – exploit difficile quand on a un sens de l’équilibre à peu près aussi développé que celui d’un asticot.

    « Reese ?! » S’exclama-t-il depuis la porte.

    L’odeur de cramé s’était diffusée depuis la pièce d’origine du drame jusque dans le salon. Il lâcha son sac au sol et déposa ce qui l’encombrait sur la table du salon d’un seul geste, alors que la voix de Reese lui parvenait.

    « Je suis dans la cuisine ! N’entre pas ! »

    Un sourire malsain s’afficha sur ses lèvres. Elle n’était visiblement pas morte, ni blessée. La seule explication plausible était donc qu’elle avait encore une fois tenté de jouer l’apprentie cuisinière. A ses dépens.
    Il ne mesura l’ampleur des dégâts que quand la jeune femme, visiblement en train d’aérer la pièce, se retourna vers lui. Des mèches de cheveux s’échappaient dans tous les sens de sa couette, un reste de sauce lui barrait la joue, et elle semblait au bord des larmes. Le spectacle était tellement attendrissant qu’il n’eut qu’une envie ; celle de réduire à néant les quelques centimètres qui la séparait de lui et la prendre dans ses bras.

    « Je sais que tu m'as fait promettre de pas m'approcher de la cuisine en ton absence mais... J'voulais te faire une surprise. » Se justifia-t-elle d’un ton plaintif, un fin sourire aux lèvres.

    Il éclata de rire avant qu’elle n’ajoute, « Mais on peut toujours commander une pizza ! ».

    « Tu aurais pu te tuer, tu sais. Ou pire ! Me faire tuer en essayant de te sauver ! Je ne sais pas ce que je te ferais si tu n’étais pas aussi mignonne. » Se plaignit-il.

    Il lui rendit son sourire éblouissant, ne réalisant que sur l’instant que ces deux derniers jours n’avaient en fait été que des heures enchaînées dans l’attente de revoir ce sourire. Son sourire.

    Elle se débarrassa de l’arme du crime en la déposant sur l’évier, puis elle s’approcha de lui.

    « L'appart' est nickel, cela dit en passant. » Fit-elle remarquer.
    « Mmh-mmh, c’est vrai. » Acquiesça-t-il, en hochant la tête. « J’ai réussi à arriver de la porte d’entrée jusque dans la cuisine sans m’entraver dans quoique ce soit. Y’a effectivement du progrès. » Railla-t-il. « Disons que ça compense le mini-Bagdad que tu as créé dans la cuisine. Tu sais, ce que tu m’as promis que tu éviterais de faire pendant mon absence, la nuit de mon départ ? On va dire que tu parlais dans ton sommeil, hein… »

    La blondinette finit par faire le pas qui les séparait encore et elle déposa un rapide baiser sur sa joue. Comme souvent à son contact, il frissonna et lutta contre l’envie de la serrer contre lui.

    « Alors, New-York, c'était comment ? » Lança-t-elle pour briser le silence qui allait s’installer.
    « Toujours pareil. Bruyant, rapide… Stressant. » Il haussa les épaules. Rien de bien intéressant, il lui raconterait tout ce qu’il y avait à savoir sur son escapade à la capitale pendant leur repas, une fois qu’ils seraient confortablement installés l’un contre l’autre, sur le canapé. Comme un vieux couple qu’ils n’étaient pas.

    Il détailla une nouvelle fois la petite pièce qui était dans un état assez pitoyable. On aurait dit qu’une horde d’enfants y avait lancé une bataille de nourriture. Il se pencha sur le plat qui, même sortit du four, fumait encore. Les yeux ronds comme des soucoupes, il l’observa avec attention et tenta de gratter l’épaisse croute noire qui s’était formée sur la préparation.

    « Et c’était censé être quoi de base, au juste ? » Demanda-t-il, sincèrement intrigué par sa capacité à rendre immangeable tout ce qu’elle tentait de préparer. « Heureusement pour toi, je suis un héros, et nous ne mourrons pas de faim grâce à mon sixième sens aiguisé, qui m’a poussé à aller acheter des pâtes à PastaLunchBox* ! » Claironna-t-il fièrement, un sourire de vainqueur sur le visage.


* Oui, tu remarqueras que je suis très douée pour inventer des noms de commerce. What a Face
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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Mer 23 Mar - 1:50

Caleb le savait : laisser une demoiselle comme moi dans une cuisine était effectivement quelque chose de risqué. Outre les risques éventuels d'indigestion ou d'autres problèmes liés à la qualité – médiocre – de ce que je préparais, il existait un réel risque en me laissant mettre les pieds dans une cuisine, à savoir celui que je ne mette le feu à celle-ci. Ca n'était pas pour rien que mon colocataire et meilleur ami m'avait laissée, avant de partir à New-York, en me faisant promettre de ne pas mettre un seul pied dans cette pièce : il avait tenu, à juste titre, à préserver notre cuisine – et notre appartement. Malheureusement pour lui, j'avais bien (trop) souvent tendance à n'en faire qu'à ma tête et c'était ainsi que, partant d'une bonne intention, je pris les commandes de la cuisine afin de nous préparer un repas que j'avais espéré excellent. Les explications de mon livre de recette eurent finalement eu raison de moi, et ce fut ainsi que, presque malgré moi, une fumée noire et épaisse envahit la cuisine. Prise de panique, je pensais pouvoir évacuer celle-ci avant le retour de Caleb à l'appartement mais, le sort ayant décidé de s'acharner contre moi, j'échouai misérablement, n'ayant ni le temps de stopper les grands mouvements de bras que je faisais afin d'aérer la pièce, ni même celui de me débarbouiller ou de me recoiffer qu'il débarqua, tel un prince sur son cheval blanc, pour voler à mon secours. Prise sur le fait, je me sentis presque obligée de justifier ma présence dans la pièce, lui dévoilant ainsi que j'avais voulu lui faire une surprise, mais que celle-ci avait malheureusement échoué. A mes mots, Caleb éclata de rire. Bon, c'était une bonne chose. Au moins, il n'était pas fâché que j'ai failli mettre le feu à notre maison. Quoi que, à bien y réfléchir, Caleb n'était jamais fâché contre moi : il avait l'habitude – très mauvaise – de toujours tout me pardonner (de la bouffe immangeable que je lui préparais à l'état pitoyable de notre salon lorsqu'il me laissait m'y installer pour bosser), et ce, d'un simple regard.

« Tu aurais pu te tuer, tu sais. Ou pire ! Me faire tuer en essayant de te sauver ! Je ne sais pas ce que je te ferais si tu n’étais pas aussi mignonne. »

J'esquissai malgré moi un léger sourire à ses mots. Un éclat de malice traversa mes yeux l'espace d'une seconde, et je lui demandai, sans plus attendre, un léger sourire aux lèvres :

« Tu aurais risqué ta vie pour sauver la mienne ? » Je souris de plus belle, malgré moi satisfaite de savoir qu'il serait prêt à braver les flammes pour me sauver la vie. Aucun doute, ce mec était bien le prince charmant. Sauf que lui ne se battait pas contre les dragons, mais contre de simples incendies domestique. C'était toujours ça à prendre !

Un nouveau sourire se dessina sur ses lèvres tandis que je lui faisais remarquer que le reste de l'appartement, lui, en revanche, était nickel.

« Mmh-mmh, c’est vrai. J’ai réussi à arriver de la porte d’entrée jusque dans la cuisine sans m’entraver dans quoique ce soit. Y’a effectivement du progrès. »

Il pouvait bien se moquer, le progrès était réel. Oui, car jamais, notre appartement n'avait été aussi propre et bien rangé – j'avais, à vrai dire, passé ces deux derniers jours dans ma chambre, lorsque j'avais dû être à l'appart, ce qui m'avait évité de mettre du bazar dans les autres pièces. Mais le progrès ne venait pas tant dans mon rangement que dans sa façon de marcher : en effet, il lui était déjà arrivé de trébucher, s'entravant dans le tapis ou je ne sais quoi d'autre encore, et ce, parfois même sans que ma façon bien à moi de ranger n'y soit pour quoi que ce soit.

« Disons que ça compense le mini-Bagdad que tu as créé dans la cuisine. Tu sais, ce que tu m’as promis que tu éviterais de faire pendant mon absence, la nuit de mon départ ? On va dire que tu parlais dans ton sommeil, hein… », ajouta-t-il alors, ce qui me fit rire légèrement, cette fois-ci.

Effectivement, je lui avais fait une promesse que je n'avais pas tenue... Mais concrètement, celle-ci n'était pas valable puisque je l'avais faite alors que je venais à peine de me réveiller et, qu'en prime, je l'avais faite quelques secondes à peine après que ma tête ait pris un coup.

« Mais bien sûr que je parlais dans mon sommeil. Jamais je n'aurais osé faire une promesse que j'étais incapable de tenir, tu le sais bien ! » Je lui adressai un sourire entendu, avant de m'approcher de lui, n'en tenant plus de garder cette distance entre nous. Déposant un léger baiser sur sa joue, pour le saluer, je lui demandai alors comment s'était passé son très court séjour à New-York.

« Toujours pareil. Bruyant, rapide… Stressant. » Il haussa les épaules, et je souris à nouveau. Aurais-je fini par réussir à le convertir au calme de la "campagne" ? Visiblement, c'était en bonne voie !

« Je savais que tu finirais par adorer Hope Mills et que New-York perdrait de son intérêt, à côté de ma ville natale », lançai-je alors, non sans un peu de fierté. J'avais pourtant beaucoup apprécié New-York. Mais je réalisai aujourd'hui que si j'avais tant apprécié cette ville, ça n'avait été que grâce à lui. Il avait rendu ma vie dans la Grosse Pomme beaucoup plus douce, et beaucoup plus agréable. Et rien que pour ça, je ne lui serai jamais assez reconnaissante. « Ce qui compte, c'est que tu sois rentré », soufflai-je alors, presque malgré moi, comme s'il avait été absent pendant des semaines alors qu'il ne l'avait pourtant été que depuis la veille. « Un jour de plus, et j'aurais fini par mourir de faim ! » ajoutai-je histoire de plaisanter et au passage, minimiser l'impact qu'avait eue son absence sur mon moral et mon quotidien.

Observant une nouvelle fois la cuisine, Caleb s'approcha du plat qui avait contenu – un court instant – notre repas et l'observa avec attention, sans visiblement savoir de quoi il s'agissait. Je m'approchai de lui et du plat encore fumant, lorsqu'il commença à gratter la croûte de brûlé qui s'était formée sur notre repas.

« Et c’était censé être quoi de base, au juste ? »

Un sourire aux lèvres, je pensais qu'il blaguait. Mais, voyant l'air sérieux qu'affichait son visage, je réalisai que ça n'était pas le cas. Je reposai alors mon regard sur mon plat, et fronçai les sourcils. Il ne devinait pas ? Même pas un peu ? Soupirant, je m'emparais du livre de recettes, encore à moitié entrouvert à la bonne page.

« Tu sais que tu manques cruellement d'imagination ? », j'ouvris le livre sous son nez, cachant la vision de mon immonde préparation, avant de lui expliquer, « Ce sont des lasagnes ! » Je levai alors les yeux au ciel, comme exaspérée par tant d'étroitesse d'esprit.

« Heureusement pour toi, je suis un héros, et nous ne mourrons pas de faim grâce à mon sixième sens aiguisé, qui m’a poussé à aller acheter des pâtes à PastaLunchBox ! »

Il avait dit ces mots avec fierté, et un large sourire illuminait son visage. Cette vision me toucha et, après le désespoir causé par ma malheureuse expérience de ce soir, j'en eus presque envie de lui sauter au cou. Levant les yeux dans sa direction, je ne pu retenir un léger rire, avant de lui répondre :

« Caleb Sullivan, tu es le meilleur homme qu'on puisse trouver sur cette Terre ! Je me demande bien ce que je ferai sans toi ! » Oh que oui. Ma vie, sans lui, serait bien vide de sens. Sans son humour, son amour du chocolat, sa maladresse légendaire, mes journées seraient bien tristes. Elles n'auraient à vrai dire aucun intérêt.

Une bourrasque de vent pénétra alors dans la pièce, amenant la fenêtre ouverte à se fracasser contre le mur. Le bruit de verre brisé m'obligea à quitter son regard un instant. Les yeux posés sur les morceaux de verre, je poussai un léger soupir. Génial. Il ne manquait plus que ça. Je m'approchai de la fenêtre, prenant soin à ne pas trop briser les morceaux de verre déjà au sol. Dehors, il tombait des cordes. Pas étonnant, une tempête avait été annoncée pour la soirée. J'avais d'ailleurs craint que celle-ci ne retarde le vol de Caleb, et, dans l'après-midi, j'avais pris soin d'appeler l'aéroport pour m'assurer qu'aucun vol en provenance de New-York n'avait été annulé.

« Ils annoncent une tempête pour ce soir. », expliquai-je alors, en me munissant d'une pelle et d'une balayette. « Si on ne veut pas finir sous la pluie, on ferait mieux de réparer ça... » Enfin, réparer, c'était vite dit. Disons qu'un morceau de bois ou de carton suffirait à empêcher la pluie et le vent de s'infiltrer dans l'appartement.

Cette tempête ne m'inquiétait pas tant que ça. Ca n'était pas la première que je verrais, et ça ne serait probablement pas la dernière. Dans des situations pareilles, la règle d'or était de rester à l'intérieur : ça n'était que comme ça qu'on était certains de rester à l'abri. Entre nous, je n'avais pas imaginé sortir ce soir : c'était peut-être idiot, mais j'avais espéré passer la soirée tranquille, à la maison, j'avais espéré diner sur le canapé, passer le reste de la soirée à parler avec lui tout en me gavant de chocolat – entretenant par la même occasion et mon diabète et ma cellulite. Pour ce qui était de ce que Caleb avait eu en tête, je n'en avais aucune idée. Ramassant les morceaux de verre au sol, et repoussant Caleb à chaque fois qu'il s'approchait de trop près de peur qu'il se coupe (oui, j'avais eu ma dose de catastrophes pour la soirée), je mis ces derniers dans la poubelle, avant de me retourner et de voir qu'il s'occupait déjà de la fenêtre. Dieu, qu'il était bon d'avoir un homme à la maison. Le regardant faire avec un sourire amusé aux lèvres, je m'appuyais le dos contre le mur, croisant mes bras contre ma poitrine.

« Besoin d'un coup de main, peut-être ? », demandai-je, sur un ton qui se voulait à la fois moqueur et amusé. « Si tu voulais sortir ce soir... C'est raté ! Je pense que tu vas malheureusement devoir me supporter toute la soirée. Une chance que tu aies eu un peu de répis ces deux derniers jours, hein ? », ajoutai-je bien rapidement, un sourire malicieux aux lèvres.


HJ : Je vois ça oui =P
Et tu remarqueras que mon post est un peu pourri, je m'en excuse sorry
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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Dim 3 Avr - 20:40

    Suite à sa poussée d’héroïsme, Reese afficha un sourire malicieux qu’il ne sut pas décrypter immédiatement. Ce genre d’air n’était jamais bon signe, elle profitait toujours de son charme pour obtenir tout et n’importe quoi de lui, aussi, il se méfia.

    Une lueur coquine dans les yeux, elle lança, d’un air visiblement satisfaite :


    « Tu aurais risqué ta vie pour sauver la mienne ? »

    La réponse était évidente aux yeux de Caleb. Quel genre d’homme aurait laissé mourir la femme de sa vie sous ses yeux ? Aucun, bien sûr. Il n’était pas vraiment du genre courageux. Il était plutôt l’inverse, même. Caleb n’avait jamais vécu aucun drame, outre la disparition prématurée de sa mère, qui l’aurait fait se « durcir ». Il avait toujours été un fi-fils à maman, plus intellectuel que sportif. Cependant, c’était un jeune homme entier, passionné, qui se sentait pousser des ailes dès qu’il s’agissait de défendre ou protéger des gens qu’il aimait. Notamment Reese. Alors, oui, il aurait bravé les flammes, sans doute même un tueur en série, si cela avait signifié épargner la jolie blondinette.

    Il décida cependant de minimiser la chose au possible, en hochant les épaules. Un sourire énigmatique apparut sur son visage.


    « Sûrement, oui. Après tout, je suis un genre de Superman. Tu sais, le monde du journalisme, intello un peu coincé sur les bords… Clark Kent et moi, on a de fortes similitudes, tu trouves pas ? »

    L’autodérision, sans doute sa meilleure arme, celle qui lui avait permis de survivre au lycée sans trop de dommages collatéraux.

    Il évoqua avec humour l’état de leur appart, qui, c’était vrai, semblait étrangement bien rangé. Il se demanda quel était le placard qu’il ne fallait pas ouvrir sous peine d’être enseveli sous tout ce que Reese y avait caché. La jeune femme se renfrogna et, toujours cet irrésistible sourire aux lèvres, défendit sa cause.


    « Mais bien sûr que je parlais dans mon sommeil. Jamais je n'aurais osé faire une promesse que j'étais incapable de tenir, tu le sais bien ! » Déclara-t-elle, comme si cela coulait de source. Il se contenta de lever les yeux au ciel.

    Puis elle enchaîna sur son court passage à New-York. La réponse de Caleb sembla la ravir, puisqu’elle lui permit de vanter, avec une fierté à peine dissimulée, les bienfaits d’Hope Mills. Si seulement elle avait su que la seule différence qui faisait pencher la balance en faveur de la Caroline du Nord n’était autre qu’elle-même, sans doute la jeune Dewitt aurait-elle tenu un discours différent.


    « Ce qui compte, c'est que tu sois rentré. » Se permit-elle d’ajouter dans un souffle. S’il s’était trouvé dans un de ses rêves, le sens caché de ces quelques mots et de la façon dont elle les avait prononcés aurait été qu’il lui avait manqué plus que de raison. Mais c’était la réalité. Aussi ajouta-t-elle de suite après : « Un jour de plus, et j'aurais fini par mourir de faim ! »

    « Je me doute. » Répondit-il avec un sourire en coin. « Ton espérance de vie loin de moi se réduit à 48h, je ne tiens pas à avoir ta disparition sur la conscience. Te connaissant, tu serais capable de revenir d’entre les morts, rien que pour m’emmerder. »

    L’affection qu’il lui portait était évidente, mais la base des relations tissées par Caleb n’en restait pas moins l’ironie, qui lui permettait de compenser son manque de confiance en lui.

    Il s’approcha finalement du plat carbonisé qu’avait tenté de préparer sa colocataire.
    « Tu sais que tu manques cruellement d'imagination ? » La jeune femme plaça avec vivacité le livre de cuisine à l’origine des dégâts sous ses yeux. « Ce sont des lasagnes ! » Son ton désabusé laissait clairement paraitre ce qu’elle pensait.

    « Des lasagnes ! » S’exclama-t-il en se frappant le front avec la paume de sa main. « Evidemment ! Comment ai-je pu être aussi aveugle ? » Continua-t-il, feignant l’incrédulité alors qu’il peinait à garder son sérieux.

    L’annonce de la présence d’un repas comestible sembla rassurer Reese qui ne priva pourtant pas de chambrer celui qui venait de lui sauver la vie. Ou, en tout cas, l’estomac !


    « Ce que tu ferais sans moi ? Hmmm. » Fit-il en se frottant le menton d'un air pensif. « Pour commencer, il est évident que tu mourrais de faim. Si non, tu finirais étouffée sous une pile de dossiers que tu n’aurais pas rangés après avoir bossé dessus. Ou tout simplement, tu t’ennuierais à mourir. Je me demande d’ailleurs souvent comment tu as survécu sans moi. Ta vie devait être bien fade. »

    Il lui tapota l’épaule avec une compassion feinte. Le grand sourire éclairant son visage et son regard démentait ses propos. La vérité, c’est que c’était sa vie à lui, qui était fade, avant qu’elle ne vienne y saupoudrer le piment qui manquait. Et c’était bien la seule personne au monde avec qui Caleb s’autorisait ce genre d’exubérance. N’importe qui d’autre aurait pu s’offenser devant cet humour… Particulier. Pas elle. C’était, entre autres, ce qui la rendait si précieuse à ses yeux.

    Un coup de vent, étonnamment violent, projeta la fenêtre que Reese avait ouverte pour aérer contre le mur. L’éclat du verre le fit sursauter, et ils se tournèrent d’un même mouvement en direction des débris. Reese soupira, fataliste, avant de s’approcher pour ramasser les morceaux de verre avec précaution. Elle lui expliqua la situation au jeune homme, qui n’en revenait pas. Le temps était certes couvert, il s’attendait à un orage dans la nuit, mais certainement pas à une tempête.


    « Si on ne veut pas finir sous la pluie, on ferait mieux de réparer ça... » Déclara-t-elle, totalement détendue.

    Malgré les protestations de Caleb, elle ne l’autorisa pas à l’aider à ramasser le verre brisé, de peur qu’il ne se blesse. Il finit par abandonner, conscient que c’était sans doute la chose la plus sage à faire. Il quitta la pièce un instant et revint, muni d’une planche de bois – qui était en réalité une étagère du salon - et d’un rouleau de scotch épais.

    Installé devant la fenêtre qu’il avait fermée, il réfléchissait à comment faire tenir le tout lorsque la voix railleuse de Reese s’éleva dans son dos.


    « Besoin d'un coup de main, peut-être ?… »

    « Je ne refuse pas un coup de main. J’ai beau être un homme – merci les stéréotypes ! – je suis aussi bon bricoleur que Bob. Bob l’Eponge, pas Bob le Bricoleur, cela va de soi. »

    Humour de merde, quand tu nous tiens… Il se décala légèrement afin de laisser de la place à Reese, essuyant ses cheveux déjà humidifiés par la pluie qui s’infiltrait malicieusement à l’intérieur de l’appartement. Il attrapa une serpillère qu’il plaça sous la fenêtre.

    « Si tu voulais sortir ce soir... C'est raté ! Je pense que tu vas malheureusement devoir me supporter toute la soirée. Une chance que tu aies eu un peu de répit ces deux derniers jours, hein ? »

    Inconscient de manquer cruellement de tact, Caleb haussa légèrement les épaules avant de répondre : « Je pensais bien passer au bar pour faire un petit coucou à Sloan – elle me l’a fait promettre hier, quand je l’ai eu au téléphone – mais je suppose qu’elle comprendra. »

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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Mar 5 Avr - 16:39

Le retour de Caleb, je l'avais attendu avec plus d'impatience que jamais. Maintenant qu'il était là, tout reprenait sa place. Ma vie retrouvait son sens, et ces quelques heures passées sans lui n'étaient plus qu'un mauvais souvenir. Son geste, sa précipitation dans la cuisine, de peur qu'il me soit arrivé quelque chose, me flattait. Il me donnait l'impression d'être un de ces héros des temps modernes, un de ces princes dont les demoiselles comme moi n'auraient pu que rêver. Amusée par sa remarque, je lui avais demandé – non sans satisfaction – s'il aurait été prêt à risquer sa vie pour sauver la mienne. Haussant les épaules, un sourire que je ne parvenais pas à décrypter se dessina sur son visage, et il me répondit :

« Sûrement, oui. Après tout, je suis un genre de Superman. Tu sais, le monde du journalisme, intello un peu coincé sur les bords… Clark Kent et moi, on a de fortes similitudes, tu trouves pas ? »

Je ne pu retenir un léger rire.

« Un genre de Superman, voyez-vous cela. Outre votre comportement héroïque, je pense, malheureusement, que vous n'avez que peu de choses en commun. A moins, bien entendu, que tu m'aies caché ta tenue de super héros, car aussi loin que je me souvienne, il ne me semble pas t'avoir déjà vu enfiler des collants moulants et un slip par dessus le tout. », finis-je avec malice

Entre nous, l'idée de le voir habillé en Superman me faisait bien rire.

Outre la cuisine, Caleb l'avait remarqué, le reste de l'appart' était nickel. Ce sur quoi nous étions au moins d'accord. En ce qui concernait ma promesse de ne pas m'approcher de la cuisine, en revanche, je ne l'avais pas tenue. Une chose dont, je le savais, il ne me tiendrait bien évidemment pas rigueur.

Rapidement, j'en vins à parler de New-York, lui demandant comment son séjour s'était passé. Visiblement, Hope Mills avait manqué à mon cher ami, ce qui n'était pas pour me déplaire. Ainsi, au moins, je savais qu'il n'avait pas regretté la décision qu'il avait prise en venant s'installer ici, avec moi. Une légère fierté dans la voix, j'étais heureuse, de voir que cette vie que je lui avais presque imposée, finalement, lui convienne. Je lui avais alors confié que j'étais heureuse qu'il soit rentré, justifiant ma joie par le fait que j'aurais pu mourir de faim, s'il avait été absent une journée de plus. La vérité était toute autre : la vérité, c'était que sans lui, je m'ennuyais à mourir. La vie, avec lui, s'avérait beaucoup plus passionnante.

« Je me doute. Ton espérance de vie loin de moi se réduit à 48h, je ne tiens pas à avoir ta disparition sur la conscience. Te connaissant, tu serais capable de revenir d’entre les morts, rien que pour m’emmerder. »

J'esquissai un léger sourire.

« Bien sûr que j'en serais capable ! Tu crois franchement que tu pourrais te débarrasser de moi si facilement ? »

L'idée que même la mort ne pourrait me séparer de lui, me plaisait. Elle me laissait penser que, peut-être, mon amour pour lui était plus fort que le reste, et que, s'il avait été réciproque, rien n'aurait pu être capable de nous séparer. Pas même la fin. Chassant des idées aussi saugrenues de mon esprit, je le vis s'approcher de ma préparation, pour me demander ce que j'avais voulu cuisiner. Vexée, de tant de mauvaise foi, j'avais alors mis le livre de cuisine sous ses yeux, avant de lui démontrer que notre plat – loupé – n'était rien d'autre que des lasagnes.

« Des lasagnes ! » Il se frappa le front avec la pomme de sa main. « Evidemment ! Comment ai-je pu être aussi aveugle ? »

Plissant les yeux, je n'attendis pas plus longtemps avant de le taper légèrement sur l'épaule. Il pouvait se moquer tant qu'il voulait, lui ne valait pas mieux en cuisine.

« C'est ça, moque toi ! J'aimerai te voir en faire autant ! Tu peux jouer les malins tant que tu veux, je sais que tu ne parviendrais pas à faire mieux ! Te connaissant, tu réussirais peut-être même à t'assommer en te heurtant à l'une des portes du placard et ce, avant même d'avoir fait la moindre préparation. », déclarai-je alors, en levant les yeux au ciel.

Ce que je disais pouvait sembler idiot, mais Caleb en était sérieusement capable. Jamais, non, je n'avais vu quelqu'un d'aussi maladroit que lui. Il était la seule personne, en cette Terre, capable d'autant de maladresse. Mais c'était justement cette maladresse qui faisait tout son charme. C'était celle-ci qui lui donnait une certaine par de vulnérabilité et qui nous – me – donnait l'envie irrémédiable de prendre soin de lui. Une chose que j'étais généralement capable de faire, tant que ça ne touchait pas à la cuisine, ni au rangement. Disons que j'assurais simplement sa bonne santé mentale, et affective. Ce qui, entre nous, s'avérait déjà pas mal.

En super héros qu'il était, super-Caleb (a) me révéla qu'il s'était lui-même chargé de notre diner, puisqu'il avait été nous chercher des pâtes. Ce qui, il fallait me reconnaître, me soulagea grandement. Aucun doute, sans lui, ma vie ici aurait été bien différente. Le taquinant légèrement, je lui avais alors dit qu'il était le meilleur homme en cette Terre et que je me demandais bien comment je pourrais faire sans lui.

« Ce que tu ferais sans moi ? Hmmm. » Il se frotta le menton, l'air pensif, et je le fixai avec des yeux plein de malice, attendant l'idiotie qui allait suivre avec une certaine impatience, et un amusement non dissimulé. « Pour commencer, il est évident que tu mourrais de faim. Si non, tu finirais étouffée sous une pile de dossiers que tu n’aurais pas rangés après avoir bossé dessus. Ou tout simplement, tu t’ennuierais à mourir. Je me demande d’ailleurs souvent comment tu as survécu sans moi. Ta vie devait être bien fade. »

Il me tapota alors l'épaule, un large sourire au lèvre. Comme une gamine, je lui répondis en lui tirant la langue, avant de lui rétorquer :

« Quand bien même ma vie aurait été fade, avant toi, elle était, pour sûr, beaucoup plus saine ! Avant toi, j'avais une santé de fer ! Je n'entretenais ni mon diabète ni ma cellulite avec toute cette tonne de chocolat que tu m'incites à manger par jour. » Je souris de plus belle, avant de mettre ma main dans l'une de ses poches pour y trouver – quelle surprise ! - un chocolat que je mangeai sans plus attendre. Baissant la tête, l'air fataliste, j'ajoutai « Tu causeras ma perte, Caleb Sullivan. »

Nos plaisanteries s'arrêtèrent cependant lorsqu'un vent violent s'engouffra par la fenêtre que j'avais laissée ouverte afin d'aérer la pièce. Sous le choc, la vitre de celle-ci se brisa, et c'est sans plus attendre que je m'étais attardée sur les morceaux de verre au sol, en prenant bien soin d'éloigner Caleb d'ici. Qui sait, le connaissant, il aurait certainement pu finir par se couper avec l'un de ces derniers, et une soirée aux urgences, c'était bien la dernière chose qu'il me fallait. Tandis que je ramassais le tout, j'indiquai à Caleb qu'il nous fallait trouver quelque chose – n'importe quoi – pour reboucher la fenêtre si nous ne voulions pas que la pluie – qui venait de commencer à s'abattre – ne vienne inonder la cuisine. Serviable, il partit un instant avant de revenir, quelques secondes plus tard, avec de quoi réparer temporairement la fenêtre. Une planche de bois et du scotch ? Ca devrait faire l'affaire ! Me débarrassant des débris de verre, je m'approchai de lui. Adossée contre le mur, je l'observais avec un certain amusement. Oui, car entre nous, Caleb n'avait rien, mais alors, strictement rien d'un bricoleur. Il était un intellectuel, et je doutai sérieusement de ses talents en matière de plomberie, de mécanique ou de réparations en tous genre, et pourtant, je m'étais reposée sur lui en pensant que chaque homme, sur cette terre, devait au moins avoir ça dans les gênes. Visiblement pas lui. Voyant comment il se débrouillait avec sa planche en bois, je ne pu m'empêcher de lui proposer mon aide, non sans me moquer -légèrement – de lui.

« Je ne refuse pas un coup de main. J’ai beau être un homme – merci les stéréotypes ! – je suis aussi bon bricoleur que Bob. Bob l’Eponge, pas Bob le Bricoleur, cela va de soi. »

Sa blague, aussi débile soit elle, fit naitre un léger sourire sur mes lèvres. Levant les yeux au ciel, je m'approchai de lui, tout en déclarant :

« Laisse moi jeter un oeil à cette fenêtre, Bob. »

Je lui lançai un regard amusé, avant de prendre la planche en question dans mes mains, le temps que Monsieur aille chercher une serpillère pour la mettre sous la fenêtre. La pluie s'infiltrait toujours à l'intérieur. Les mains trempées, je peinais légèrement à faire tenir cette satanée planche correctement, et il va sans dire que je m'en prenais, bien évidemment, plein la figure. Laissant Caleb retrouver sa place, et surtout m'aider à tenir la planche le temps de préparer le scotch, je lui avais alors lancé que, s'il avait voulu sortir ce soir, c'était fichu pour lui. Lançant une légère plaisanterie concernant le fait qu'il ait à me supporter toute la soirée, j'avais, secrètement espéré qu'il me réponde qu'il n'avait de toute façon rien prévu d'autre que de la passer en ma compagnie. Au lieu de ça, il haussa les épaules, avant de répondre ;

« Je pensais bien passer au bar pour faire un petit coucou à Sloan – elle me l’a fait promettre hier, quand je l’ai eu au téléphone – mais je suppose qu’elle comprendra. »

Sloan ? Sérieusement ? Il plaisantait, là ? Visiblement, non ! Monsieur avait l'air le plus sérieux du monde ! Décidément... J'en apprenais de belles, ce soir ! En plus de l'avoir appelée, il lui avait promis de passer la voir ce soir ? Serrant les dents, je gardai pour moi une remarque – désagréable – que j'aurais pu lancer, plus par jalousie qu'autre chose. Je me sentais cependant bouillonner, tant la jalousie provoquée par ses mots était grande. Inspirant légèrement pour calmer la violence des sentiments qui commençaient à me parcourir, je murmurai alors, légèrement sarcastique :

« Ouais, elle comprendra. »

Prenant le scotch de ses mains, j'en arrachais un bout, pour le coller à notre planche de bois. Agacée, mes gestes se faisaient imprécis, maladroits, presque violents, lorsqu'il fallait couper le scotch. J'avais besoin d'une chose sur laquelle me défouler. Cette fenêtre, c'était mon exutoire, la seule façon pour moi d'évacuer toute cette rage que la jalousie avait réveillée en moi. M'agitant de plus en plus, j'en vins à repousser légèrement Caleb, car il me dérangeait à présent plus qu'autre chose. Le fait était qu'on ne pouvait pas être à deux pour réparer cette maudite fenêtre. Surtout pas quand l'un de nous deux était dans un état comme le mien.

« Tu sais quoi ?! », finis-je par lâcher, l'air visiblement agacée. « T'as qu'à aller la voir, lui faire un 'petit coucou'. Après tout, tu lui as promis, non ? Alors vas-y. Tiens ta promesse. C'est pas comme si je t'avais attendu pendant des heures, c'est pas comme si le téléphone existait encore de nos jours, et qu'un simple coup de fil pourrait lui suffire ! Vas la voir, reste avec elle aussi longtemps que tu le voudras ! Après tout, deux jours sans vous voir, c'est un record pour vous, non ? »

J'y allais un peu fort. J'étais peut-être même un peu... Méchante. Mais les mots avaient dépassé ma pensée. Finissant de réparer cette fichue fenêtre, je poussai un soupir, regrettant déjà d'avoir prononcé de telles paroles. Caleb le savait, j'étais impulsive. Lorsque j'étais énervée, j'avais bien souvent tendance à crier, voire même à beaucoup m'agiter. Cette fois n'échapperait pas à la règle. Croisant son regard, je regrettai encore plus ce que je venais de dire. Baissant la tête, l'image de Sloan dans ses bras s'imposa à moi, et je secouai la tête pour l'en chasser. Détachant mes cheveux qui, de toute façon, avaient été trempés par la pluie, je commençai à faire les cent pas dans la pièce, à la recherche de quelque chose à faire, d'un prétexte pour lui tourner le dos et le laisser s'en aller. Je n'en trouvai malheureusement pas, en dehors peut-être de la vaisselle, qui était probablement inutile, sachant combien celle-ci avait souffert de ma cuisson « à la Resse ». Je m'arrêtai finalement en plein milieu de la pièce, posant mes mains sur mes hanches pour avoir l'air moins idiote. Redressant la tête, je croisai de nouveau le regard de Caleb, qui n'avait pas bougé, et qui ne semblait pas vraiment avoir compris ma réaction. Pas étonnant. Caleb était trop naïf pour comprendre, pour s'apercevoir que j'avais des sentiments pour lui. Il n'avait rien fait de mal, ma réaction n'était pas justifiée. Avais-je le droit de lui en vouloir parce qu'il en aimait une autre ? Non, certainement pas. Je n'avais, à vrai dire, rien à lui reprocher. Rien, en dehors peut-être du fait qu'il me parlait un peu trop de celle qu'il aimait. Debout à l'autre bout de la pièce, il semblait ne plus savoir où se mettre. Autant le dire, cette vision de lui, si vulnérable et si mal à l'aise, m'attendrit légèrement. Pire, je culpabilisai pour m'être emportée, bien consciente qu'il devait déjà regretter son retour à Hope Mills, et qu'il devait probablement déjà me détester. Et moi, je l'aimais comme une folle. C'était là tout le problème. J'étais vraiment une idiote.

« Je suis désolée. » murmurai-je alors, si bas, que je n'étais pas sûre qu'il m'ait entendue. Hésitant, j'ajoutai bien vite, « Je ne pensais pas ce que j'ai dit. » J'étais sincère. Le voir partir pour aller la rejoindre, c'était bien la dernière chose que je voulais. M'approchant prudemment de lui, je continuai, « J'ai attendu que tu reviennes depuis le moment même où tu as franchi la porte d'entrée. J'espérais que ce soir je pourrais- »

Je m'arrêtai. J'avais espéré quoi ? Pouvoir tout lui avouer, l'entendre me dire que lui aussi, m'aimait ? Je secouai la tête. Jamais les choses ne se passeraient comme ça. Parce qu'il aimait Sloan et que moi... J'étais juste sa bonne copine, sa coloc'. C'était tout ce que je serai jamais pour lui. Jamais, je ne pourrais espérer plus.

« Ces deux jours sans toi », commençai-je, sans bien être certaine de ce que je faisais, « ont été atroces, et pas seulement à cause de la bouffe. » Je baissai légèrement la tête, avant de reprendre, « On plaisante souvent, sur ce qu'étaient nos vies, avant qu'on se rencontre... La vérité c'est que... Ma vie, avant toi, n'avait aucun sens. Tu as pris plus d'importance dans ma vie et dans mon coeur que qui que ce soit en 22 ans. Jamais, je ne m'étais sentie aussi... vivante, et entière, que depuis ce jour où je t'ai rencontré. Tu as changé ma vie. Tu l'as embellie. » Oui, je tournai autour du pot, incapable d'en venir au fait. Mais il avait certainement compris où je voulais en venir. Du moins, j'en étais persuadée. Inspirant, je marquai un pause, avant de reprendre, « Ce que j'essaie de te dire c'est que... j'ai... j'ai des sentiments pour toi. » Je n'osai pas relever la tête. J'avais peur de croiser son regard, de le voir me repousser – chose qu'il ferait probablement. Mais je ne lui demandais pas de m'aimer. Je voulais juste qu'il sache enfin la vérité pour être enfin débarrassée de ce poids que j'avais sur le coeur depuis des mois maintenant. Prenant sur moi, et inspirant de nouveau pour me donner du courage, je relevai la tête, pour avouer, la voix légèrement tremblante, « Je t'aime, Caleb. ». Je pensais que dire ces mots me soulagerait. Je réalisai à présent que ça n'était pas vraiment le cas. C'était même tout le contraire. Avant même d'avoir pu laisser à Caleb le temps de me répondre, avant même qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche, ou de faire le moindre geste, je m'empressai de préciser, « Je sais que ça peut sembler idiot. Non, en fait, je sais que c'est carrément idiot parce que, tomber amoureuse de toi, c'est bien la seule chose qui pourrait nous séparer, mais... ces choses là, ça se contrôle pas. J'ai jamais été amoureuse, avant. De personne. Pas comme ça, du moins. Ce que je ressens pour toi, c'est loin de tout ce que j'ai connu avant. » Mon flot de paroles ne s'arrêtait plus. C'était un moyen comme un autre, pour moi, de maitriser une situation que j'étais bien loin de pouvoir contrôler. « Quand je t'entends parler de Sloan... Ca me rend malade. Folle de jalousie. Alors oui, j'ai réagi excessivement, mais- »

Je m'arrêtai, incapable de me trouver une excuse valable. L'amour justifiait-il des réactions aussi impulsives que la mienne ? Peut-être pas. Pas toujours. Je ne savais plus, à vrai dire. Pourquoi lui avais-je dit tout ça ? Décidément. J'étais vraiment la pire des idiotes, ce soir. Pire que ça, même. Pourquoi j'avais fait ça ? Qu'est-ce que je voulais ? L'entendre me dire qu'il était désolé, mais qu'il l'aimait, elle ? Dans le fond, je savais que c'était ce qu'il risquait de me répondre. Il risquait même probablement de partir, pour aller la rejoindre – Caleb ne laisserait jamais sa petite Sloan seule, alors qu'une tempête fait rage dehors. Il avait été un temps où j'avais – naïvement – cru que mes sentiments pour lui étaient réciproques. Ca, ça avait été avant que d'autres filles n'entrent en scène. A présent, je réalisai que l'attitude qu'il avait à mon égard n'était peut-être motivée que par une amitié, pure, et sincère. Une amitié qui, en réalité, m'avait suffit, jusqu'à présent, mais que je n'étais plus certaine d'assumer, surtout si cela revenait à le voir au bras d'une autre.
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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Ven 8 Avr - 16:36




    Elle rit. Elle rit à ma blague, aussi stupide soit elle. Son rire était le plus joli son que je n’ai jamais entendu. Son visage s’éclairait d’un sourire à faire tomber un phoque amoureux, mais ce n’était pas ça qui me touchait le plus. Chez Reese, les yeux riaient aussi. Ses grands yeux clairs laissaient transparaître toutes sortes d’émotions, que ce soit joyeuses – comme ici – ou moins – lorsqu’elle se mettait en colère, par exemple. J’adorai la regarder dans les yeux, me noyer dans cette mer de douceur azurée. Chaque fois que nos regards se caressaient, un frisson me parcourrait immanquablement. De plaisir, mais aussi d’angoisse. Une angoisse sourde que je ne devienne trop dépendant d’elle, que si un jour elle cessait de me regarder, je n’en meure à petit feu.

    « Un genre de Superman, voyez-vous cela. Outre votre comportement héroïque, je pense, malheureusement, que vous n'avez que peu de choses en commun. A moins, bien entendu, que tu m'aies caché ta tenue de super héros, car aussi loin que je me souvienne, il ne me semble pas t'avoir déjà vu enfiler des collants moulants et un slip par-dessus le tout. » Se moqua-t-elle.

    J’haussai un sourcil, perplexe.

    « Ce n’est pas parce que Superman a un goût vestimentaire à pleurer que c’est le cas de tous les super héros ! » M’insurgeai-je, avec malice.

    La mode n’avait jamais été une grande passion, mais, ayant grandi dans un milieu comme celui où j’avais eu la « chance » (relative) de naître, j’avais développé une sorte de sixième sens pour ce qui était d’accorder mes vêtements, et d’être habillé comme il le fallait. Quel membre digne de ce nom de la jeunesse dorée new-yorkaise aurait osé sortir en collant ? Aucun, cela va de soi. A moins peut-être que le collant soit apparu au défilé Chanel de la dernière Fashion Week.

    Elle sembla ravie d’entendre que j’appréciais sa petite ville natale. La Grosse Pomme était certes la ville de mon enfance, cité magique à la renommée mondiale qui aurait toujours une place dans mon cœur ; mais ce dont elle ne se doutait pas, c’est que la place prépondérante dans ce même cœur lui était désormais réservée. Aussi, je n’avais regretté mon déménagement à aucun moment. D’autant plus que je ne laissais derrière moi qu’un boulot. Boulot que j’avais aisément retrouvé à Fayetteville, tout près d’Hope Mills. Je ne manquerais à aucun ami, puisque je n’en avais pas, et mon père savait très bien se passer de moi. Il me faudrait certes du temps pour m’adapter à cette nouvelle vie, trouver mes marques, mais Reese était à mes côtés, et c’était la seule chose qui m’importait vraiment. Et puis, le fait d’habiter une petite ville changeait beaucoup de choses. Les secrets semblaient faire partie de la vie de tous les jours, ce qui n’était pas vraiment positif, en revanche, les gens étaient plus accueillants, plus ouverts qu’à la seconde capitale du pays, et je me sentais déjà plus à l’aise. Preuve en est que j’avais fait plusieurs rencontres, qui, je l’espérais, pourraient avec le temps, se transformer en amitiés.


    « Bien sûr que j'en serais capable ! Tu crois franchement que tu pourrais te débarrasser de moi si facilement ? »
    « J’espère que non, ma vieille, j’espère que non. » Dis-je, d’un ton mystérieux.

    Je lui adressai un clin d’œil avant qu’elle ne tente vainement de défendre sa préparation carbonisée. Devant mes propos moqueur, elle me lança un coup dans l’épaule, tout en me foudroyant du regard.

    « C'est ça, moque toi ! J'aimerai te voir en faire autant ! Tu peux jouer les malins tant que tu veux, je sais que tu ne parviendrais pas à faire mieux ! Te connaissant, tu réussirais peut-être même à t'assommer en te heurtant à l'une des portes du placard et ce, avant même d'avoir fait la moindre préparation. » Se vengea-t-elle.

    « Aaah, bravo, belle mentalité ! Après c’est moi qui suis de mauvaise foi, hein ? Tu fais preuve d’un manque cruel de reconnaissance pour celui qui t’apporte de quoi te nourrir sainement, tu sais, Reese Dewitt. »

    Je ne pris pas la peine de relever sa remarque sur ma maladresse. Maladresse qui était devenue légendaire et qui me valait encore, parfois, des moqueries. Je pensais notamment à Camden, dont j’avais fait la connaissance juste avant mon départ à New-York. Il semblait vraiment se délecter de la façon impensable dont j’arrivais à trébucher sans que rien de matériel ne semble entraver mon chemin. J’avais l’habitude, aussi je ne m’en formalisais pas trop… Pour l’instant.

    Suite à une réplique dont je n’étais pas peu fier, Reese me tira la langue avec une grimace enfantine qui me fit fondre, et enchaina :
    « Quand bien même ma vie aurait été fade, avant toi, elle était, pour sûr, beaucoup plus saine ! Avant toi, j'avais une santé de fer ! Je n'entretenais ni mon diabète ni ma cellulite avec toute cette tonne de chocolat que tu m'incites à manger par jour. »

    Son sourire lumineux démentait largement ses propos. Elle s’approcha de moi, et, après le frisson qui parcourut ma colonne vertébrale, comme à chaque contact, je la laissai faire, impassible, une lueur amusée dans les yeux. Elle tira un chocolat de la poche de mon jeans d’un air triomphant. Avant de le gober. N’y tenant plus, j’éclatai de rire, réprimant mon envie de la serrer dans mes bras.

    « Tu causeras ma perte, Caleb Sullivan. » Il était beaucoup plus probable que ce soit elle qui cause la mienne, mais je tus cette pensée.

    Notre joute verbale fut interrompue par la tempête dont me parla Reese. Heureusement que j’avais pris l’avion de 17h, les autres étaient sûrement annulés.
    En tant qu’homme de la maison, j’entrepris de reboucher le trou qu’avait causé le coup de vent, aussi violent qu’inattendu. Peut-être bien que le scotch n’était pas une si bonne idée, après tout. J’échappai la planche qui glissais de mes mains en essayant de couper un bout du gros rouleau de scotch, et celui-ci ne semblait pas en mesure de soutenir le poids – bien que raisonnable – de l’étagère. Pour tout dire, je m’y prenais comme un pied. Etait-ce de ma faute si mon père ne m’avait jamais appris à bricoler ? Je doutais même que lui-même sache planter un clou. Après tout, il avait des employés et l’argent pour faire venir un réparateur quel qu’il soit, alors pourquoi s’embêter ? Pour ma part, j’avais toujours été plus attiré par les livres et la magie des mots ou par ma guitare que par les outils divers et variés qui pouvaient exister. Reese ne se priva pas de l’occasion pour se moquer, mais comme d’habitude, je ne me formalisai pas et répliquai avec autodérision.


    « Laisse-moi jeter un œil à cette fenêtre, Bob. » Intervint-elle, indulgente.

    Elle prit ma place alors que je l’aidais en maintenant la planche en place. Alors qu’elle entreprenait de coller le bout de bois, à renfort d’un tonne de scotch, elle me signifia qu’il serait certainement impossible de sortir ce soir. Je n’étais pas mécontent de passer la soirée en sa compagnie, au contraire. Après notre séparation, courte mais pas moins éprouvante à mes yeux, c’était ce dont j’avais le plus envie. J’évoquais cependant la promesse que j’avais faite à Sloan lorsqu’elle m’avait téléphoné, la veille, pour savoir comment se passait mon petit séjour.
    Sloan était un véritable ange tombé du ciel. D’une infinie douceur, elle avait su briser ma carapace, et je trouvais en elle l’amie que j’avais plus ou moins perdu en Reese lorsque j’étais tombé amoureux d’elle. C’est-à-dire presque immédiatement après avoir fait sa connaissance. Je haussais les épaules, la jeune Bishop me pardonnerait certainement, et je pouvais ainsi rester avec Reese. Lovés l’un contre l’autre devant la télé, à se gaver de chocolat. Le paradis.

    Perdu dans mes pensées, je n’entendis qu’à peine la réponse chuchotée de Reese, et encore moins le sarcasme qui la faisait vibrer.

    Elle semblait étrangement agacée, fébrile. Enervée ? Sans comprendre, je la regardais s’agiter, ses gestes devenus brusques l’empêchant de s’appliquer dans sa tâche. Quelle mouche l’avait donc piquée ? On aurait dit qu’elle en voulait à la fenêtre, qu’elle aurait été prête à la rouer de coups si elle avait osé protester contre la maltraitance qu’elle subissait.
    Elle en vint à me repousser légèrement, signifiant clairement que je la gênais dans ses mouvements. Les yeux ronds comme des soucoupes, je l’observai. Je l’avais rarement vue dans un état comme celui-ci. Elle semblait à deux doigts d’exploser.

    Et l’explosion ne tarda pas…


    « Tu sais quoi ?! T'as qu'à aller la voir, lui faire un ’’petit coucou’’. Après tout, tu lui as promis, non ? Alors vas-y. Tiens ta promesse. C'est pas comme si je t'avais attendu pendant des heures, c'est pas comme si le téléphone existait encore de nos jours, et qu'un simple coup de fil pourrait lui suffire ! Vas la voir, reste avec elle aussi longtemps que tu le voudras ! Après tout, deux jours sans vous voir, c'est un record pour vous, non ? »

    Ses propos me firent l’effet d’un coup de poing. Pourquoi était-elle si méchante, soudainement ? Qu’avais-je fait pour mériter la haine qui semblait suinter de chacun de ses mots ?

    Elle abandonna la fenêtre à son triste sort. Y jetant un coup d’œil, je réalisai avec une pointe d’admiration que la planche tenait. Elle poussa un soupir et s’en éloigna. Certes, je savais qu’elle était impulsive. Elle s’énervait vite, criait fort, s’entêtait, puis, une fois la tempête passée, redevenait la fragile petite Reese qu’elle était, malgré ce qu’elle pouvait penser. Mais là, il n’y avait aucune raison apparente pour qu’elle puisse s’énerver. Surtout contre moi. Jamais elle n’avait levé le ton contre moi. A part peut-être la fois où, après avoir appris qu’elle comptait quitter New-York pour retourner à Hope Mills, j’avais disparu pour une balade nocturne dans les rues de Greenwich Village. Mais c’était sans commune mesure avec ce qui était en train de se passer.

    Alors qu’elle levait les yeux vers moi, qui restai toujours coi, elle sembla regretter son changement d’humeur si soudain. Elle baissa la tête, puis la secoua. Adossé au bar qui ouvrait sur le salon, je continuai de l’observer, laissant le temps à l’agitation qui semblait la dévaster intérieurement. Elle déambula dans la pièce, de façon presque sauvage. Ses cheveux mouillés détachés, son regard torturé, on aurait dit une bête en cage. Et pourtant, jamais elle ne m’avait semblé aussi attirante qu’à cet instant. Je détournai mon regard que je savais brûlant.

    Il était hors de question que je la laisse ainsi, malgré ce qu’elle m’avait jeté au visage un instant plus tôt.

    Elle s’arrêta de l’autre côté de la pièce, et je me demandai un instant si la distance qu’elle avait instaurée entre nous était volontaire ou non. Croisant son regard, je me sentis mis à nu. Mal à l’aise. On aurait dit qu’elle pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert, et dieu sait à quel point cela aurait été embarrassant qu’elle puisse !


    « Je suis désolée. » Souffla-t-elle enfin. Mais c’était inutile. Elle aurait pu me frapper que je lui aurai immédiatement pardonné son geste. Parce qu’elle était Reese. Parce que je l’aimais.

    « Je ne pensais pas ce que j'ai dit. » Précisa-t-elle, sans que je sache vraiment à quoi elle faisait allusion. Elle ne voulait pas que je tienne ma promesse ?
    Lentement, comme si elle avait peur que je m’enfui en courant, elle s’approcha, tout en continuant :
    « J'ai attendu que tu reviennes depuis le moment même où tu as franchi la porte d'entrée. J'espérais que ce soir je pourrais- »

    Elle s’interrompit. Déjà, les battements de mon cœur s’étaient faits irréguliers. Qu’était-elle en train de dire ? C’était le genre de propos que MOI je pouvais tenir. Pas elle. Alors que ma gorge se nouait dans l’attente de ce qu’elle voulait me dire, elle secoua une nouvelle fois la tête, comme si elle voulait chasser des idées dérangeantes. Totalement déboussolé, j’attendais qu’elle reprenne, toujours immobile et silencieux, ce qui n’était pas vraiment dans mes habitudes.

    « Ces deux jours sans toi ont été atroces, et pas seulement à cause de la bouffe. » Finit-elle par lâcher. Je n’étais pas certain de bien comprendre ce qu’elle essayait de dire. Mon cerveau refusait d’admettre la lueur d’espoir qui illuminait mon cœur. « On plaisante souvent, sur ce qu'étaient nos vies, avant qu'on se rencontre... La vérité c'est que... Ma vie, avant toi, n'avait aucun sens. Tu as pris plus d'importance dans ma vie et dans mon cœur que qui que ce soit en 22 ans. Jamais, je ne m'étais sentie aussi... vivante, et entière, que depuis ce jour où je t'ai rencontré. Tu as changé ma vie. Tu l'as embellie. »

    Je manquai de m’étouffer. Qu’était devenu la Reese pudique et peu loquace dès qu’il s’agissait de sentiments ?! Malgré tout, je ne dis rien, sentant que ce n’était pas tout ce qu’elle voulait me dire, que ce n’était que le début. Elle inspira, comme pour se donner du courage.

    « Ce que j'essaie de te dire c'est que... j'ai... j'ai des sentiments pour toi. »

    Bien sûr qu’elle avait des sentiments pour moi, je le savais. J’étais son meilleur ami, elle tenait à moi plus qu’à quiconque d’autre. Qu’étais-je allé imaginer ? Son attitude étrange n’était due qu’au fait qu’elle n’avait pas l’habitude de parler de ses sentiments ainsi. Rien de plus. La tension inconsciente dans mes muscles se détendit alors que quelque chose se brisait en moi. Sans doute un morceau de mon cœur.
    Elle avait gardé les yeux baissés tout le temps de sa tirade. Lorsqu’elle releva la tête, une lueur nouvelle éclairait son regard. Une lueur que je n’y avais encore jamais vu, tant elle avait su la cacher avec application.


    « Je t'aime, Caleb. » J’allai répondre, lui dire que moi aussi, je l’aimais, c’était évident, elle aussi était ma meilleure amie - lui dire ce qu’elle voulait certainement entendre, en somme – lorsque je compris. Je compris qu’elle ne m’aimait pas. Elle m’aimait. Comme je rêvai qu’elle m’aime, comme je voulais qu’elle m’aime, comme moi je l’aimai.

    « Je sais que ça peut sembler idiot. Non, en fait, je sais que c'est carrément idiot parce que, tomber amoureuse de toi, c'est bien la seule chose qui pourrait nous séparer, mais... ces choses-là, ça se contrôle pas. »

    La fin de sa phrase se perdit.
    « Tomber amoureuse de toi »…
    « Amoureuse de toi »…
    « Amoureuse ».
    Ses mots résonnaient dans ma tête, martelaient mon cœur, se fondaient avec ses battements, qui semblaient prendre part à une course folle.


    « J'ai jamais été amoureuse, avant. De personne. Pas comme ça, du moins. Ce que je ressens pour toi, c'est loin de tout ce que j'ai connu avant. Quand je t'entends parler de Sloan... Ça me rend malade. Folle de jalousie. Alors oui, j'ai réagi excessivement, mais- »

    Elle s’arrêta brusquement, alors que jusqu’ici, elle avait à peine pris le temps de reprendre sa respiration. Elle était… Jalouse de Sloan.
    Amoureuse… De moi.

    Je sentais mes mains trembler, incapable d’en contrôler l’agitation. Tout comme j’étais incapable de dire quoique ce soit. De faire le moindre geste. J’étais pétrifié. Bon dieu, j’avais rêvé de ce moment depuis le jour où j’avais compris que mes sentiments pour elle dépassaient largement la simple amitié. J’avais espéré qu’elle me dise ça des centaines de fois. J’avais espéré avoir le courage de lui dire tout ça, sans jamais le trouver. J’avais trop peur de la perdre, de briser notre amitié. C’est ce qu’elle venait de faire. Elle venait de briser notre amitié…

    … Pour laisser place à une relation cent fois plus puissante, mille fois plus intense. Une relation que je voulais de tout mon cœur, mais que me terrifiait. Jamais je ne serais assez bon pour elle. Elle méritait un homme, un vrai, quelqu’un capable de se battre pour elle, de la protéger, de l’égaler, de lui cuisiner de bons petits plats, de réparer les fuites à la maison et d’apprendre à ses gosses à rafistoler une vieille voiture. J’étais incapable de faire tout ça.

    Je sentais son regard plus que je n’en avais conscience, perdu dans un autre monde. Il fallait que je parle. Que je dise quelque chose. Que je la prenne dans mes bras et fasse disparaître à jamais la pointe de désespoir qui luisait dans ses yeux. Mais je ne pouvais pas. Je n’y arrivais pas. Je fis un pas vers elle. Puis deux en direction du salon. Je trébuchai, évidemment, en passant près de la table basse sur laquelle notre repas refroidissait.


    « Je… Je… Il-il faut que j’aille… Faire un tour. » Réussi-je à balbutier.

    Je pris mon blouson de cuir au passage, et quittai l’appartement. Tout en l’enfilant, je dévalai les escaliers, manquant de glisser et de me briser la nuque à plusieurs reprises. Mon cœur battait trop vite, j’allais certainement faire un infarctus.
    Je me retrouvai dehors, sous une pluie diluvienne qui me trempa jusqu’aux os en moins de dix secondes, avant de réaliser la stupidité de ce que je venais de faire. Une tempête ravageait la ville, les rues étaient désertes, un vent incroyablement violent faisait voler les feuilles, et même les poubelles, un éclair pas si lointain que ça me fit sursauter. C'était dangereux. Mais je m'en fichai.

    Je venais de l’abandonner, seule, dans notre appartement, alors qu’elle venait de m’avouer qu’elle m’aimait. Immobile, sur le trottoir, j’éclatai en sanglots. Quel idiot je faisais…


HJ # Il faudrait que tu me suives, en fait, sinon ils pourront jamais live happily ever after :15: (a)
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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Lun 11 Avr - 17:48

Ces retrouvailles avec Caleb, je les avais attendues toute la journée. Pire encore, depuis la veille. Ces deux derniers jours avaient été horribles, et le retrouver m'avait rendu le sourire et ce, même si j'avais failli mettre le feu à l'appart', et que nos chances de manger ce soir étaient sérieusement compromises par ma faute. Ce qui comptait le plus, à vrai dire, ça n'était pas tant ce que nous allions manger ; c'était plutôt qu'il soit là, que je puisse à nouveau plonger mes yeux dans les siens, entendre de nouveau sa voix railleuse se payer ma tête et rire à ses blagues stupides. Oui, car toutes ces petites choses, aussi insignifiantes soient elles, faisaient partie de mon quotidien et que je n'imaginais par conséquent pas ce qu'aurait été celui-ci si Caleb n'avait pas été là. Une chose était certaine, je me serais certainement ennuyée à mourir.

A peine était-il rentré que déjà, il me faisait sourire. Son acte de bravoure avait eu quelque chose de touchant : s'imaginer Caleb bravant les flammes pour me sauver m'avait flattée. Ca lui donnait un côté héroïque que l'on pourrait pourtant ne pas deviner, au premier coup d'oeil, mais qu'il possédait peut-être plus qu'il n'y laissait paraître. Mieux encore, ça me laissait m'imaginer que, peut-être, il tenait plus à moi qu'il ne voulait le montrer.

Mais loin de moi l'idée de me faire trop d'illusions, je préférais me concentrer sur ses paroles plutôt que l'interprétation – irréelle – que je m'en faisais. Et déjà, il se permettait de se comparer à Superman. Une comparaison qui me fit immédiatement rire ; d'abord parce que Caleb n'avait certainement pas la tête de l'emploi – il était trop maladroit pour mener une double-vie de Super héros, et quand bien même il aurait effectivement pu en mener une, j'étais persuadée qu'il aurait pu tuer l'un de ses protégés en voulant le sauver -, mais aussi parce que je l'imaginais mal portant l'accoutrement d'un Super héros. Oui, bien qu'il ait eu un corps de rêve (ça n'était pas pour rien que bon nombre de demoiselles se retournaient sur son passage dans la rue, bien qu'il soit incapable de les voir), je le voyais très mal avec des collants. A ma remarque, il haussa un sourcil, perplexe, avant de me répondre avec malice :

«Ce n’est pas parce que Superman a un goût vestimentaire à pleurer que c’est le cas de tous les super héros ! »

Je levai les yeux au ciel.

« Superman n'est pas le seul à enfiler des collants ou une tenue moulante. Ils le font tous. Pas seulement pour que les demoiselles fantasment sur leurs jolis petits derrières, mais aussi parce que – crois-le ou non – c'est beaucoup plus facile de sauver les gens quand tes vêtements te moulent à la perfection. » Je ponctuais ma remarque d'un léger sourire, avant de reprendre, «  Mais... Laisse-moi deviner... Toi, tu peux sauver des gens en costard-cravate ? »

J'aurais vraiment tout entendu. Entre nous, le voir se comparer à des super héros comme il le faisait m'amusait encore plus. Oh, contrairement aux apparences, ça n'était pas de la moquerie – pas totalement, du moins.

Reprenant une conversation plus sérieuse, j'avais tenté de savoir comment son séjour à New-York s'était passé. C'était la première fois, depuis notre emménagement, qu'il retournait dans la Grosse Pomme et je devais avouer que j'avais redouté ce séjour. A vrai dire, j'avais redouté que celui-ci ne lui fasse regretter sa vie à Hope Mills. Ce fut pourtant l'inverse, qu'il m'affirma : à ses mots, il semblait totalement conquis par ma ville natale, ce qui, entre nous, n'était pas pour me déplaire. Oui, car bien que je ne lui ai pas vraiment forcé la main, bien qu'il ait été le seul à décider de me suivre jusqu'ici, je devais reconnaître que l'idée qu'il ne se plaise peut-être pas, ici, m'avait déjà traversé l'esprit, et effrayée quelque peu. La dernière chose que je voulais, c'était bien qu'il m'en veuille pour l'avoir plus ou moins amené jusqu'ici.

Ne pouvant pas garder certaines choses pour moi, j'avais fini par lui confier combien son retour était important, à mes yeux... Avant d'ajouter bien rapidement que s'il n'était pas rentré, je serai probablement morte de faim. Oui, j'étais incapable de lui dire qu'en vérité, même deux petits jours me semblaient une éternité, lorsque j'étais loin de lui. Alors, au lieu qu'un malaise ne s'installe, j'avais préféré la carte de l'humour. Celle qu'il utilisait toujours. Celle à laquelle j'avais fini par m'habituer. Il avait marché dans mon jeu ; comme toujours. Et de fil en aiguille, j'avais été jusqu'à lui confier – toujours en plaisantant, bien sûr – que même la mort ne parviendrait pas à nous séparer. Pensait-il sérieusement se débarrasser de moi si facilement ?

« J’espère que non, ma vieille, j’espère que non. », fut la réponse qu'il me donna. Une réponse qu'il prononça sur un ton légèrement mystérieux que j'aurais été incapable de déchiffrer. A vrai dire, non, j'aurais pu y trouver un sens caché. Mais mes sentiments m'auraient très certainement poussée vers trop d'interprétation, et je me serai probablement imaginé des choses qui n'existaient pas le moins du monde.

Nous en vînmes alors à parler de notre repas de ce soir ou plutôt de ce qui l'avait été. Caleb se moquait – ouvertement – de moi, et de ma préparation carbonisée. Une attitude que je trouvais tout à fait un juste puisque lui n'était pas capable de faire mieux, chose que je lui expliquai sans plus attendre.

« Aaah, bravo, belle mentalité ! Après c’est moi qui suis de mauvaise foi, hein ? Tu fais preuve d’un manque cruel de reconnaissance pour celui qui t’apporte de quoi te nourrir sainement, tu sais, Reese Dewitt. »

Cette façon qu'il avait de m'appeler par mon nom et mon prénom m'amusait. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres, tandis que je répondis, telle la plus innocente des jeunes femmes :

« Moi ? De mauvaise foi ?! C'est la meilleure ! Avoue plutôt que c'est toi qui manque cruellement de reconnaissance en te moquant de celle qui a voulu te faire plaisir et qui a failli y laisser sa vie ! », lançai-je alors en dramatisant – à peine – la situation.

Après un instant, il me lança une remarque – très pertinente – sur ce qu'avait été ma vie, avant lui. Autant le dire, pas grand chose. Il disait ça pour plaisanter, bien évidemment, sans se douter une seule seconde de la véracité de ses propos. Démentant cependant ces derniers, je lui expliquai alors combien ma vie avait été saine, avant que je ne le rencontre. Ce après quoi je m'étais approchée de lui pour lui voler un chocolat que je gobais sans plus attendre. Mon geste eut au moins le mérite de le faire rire. Entendant son rire raisonner dans la pièce, je ne pu m'empêcher de sourire bêtement - ayant très probablement encore un peu de chocolat entre les dents – tant le son de celui-ci m'était agréable. C'était ça, que j'avais attendu pendant ces deux derniers jours : cette complicité, cette bonne humeur qui me faisaient pousser des ailes et qui me faisaient oublier le reste du monde.

Celui-ci se rappela bien vite à nous. Un coup de vent violent vint briser la fenêtre que j'avais laissée ouverte et c'était ainsi que Caleb et moi avions dû commencer des réparations qui s'avéraient plus que périlleuses – et pour cause, puisque nous n'avions aucun talent véritable pour ce qui était de faire quelque chose de nos dix doigts. Oui, il n'aurait pas été prétentieux de dire que nous étions, tous les deux, bien plus intellectuels que manuels. Tanis que je ramassai les morceaux de verre au sol, Caleb partit chercher de quoi reboucher la fenêtre. De retour avec une planche qu'il avait trouvée je-ne-sais-où et un rouleau de scotch épais, il entama les réparations avec beaucoup de difficulté, cependant. Après m'être moquée de lui, j'étais bien rapidement arrivée à sa rescousse, lui prêtant main forte. Tandis que les réparations avaient commencé, nous avions reprit la parole et c'est ainsi que Caleb m'appris, le plus simplement du monde, qu'il avait promis à Sloan de passer dans la soirée.

L'évocation même de ce prénom – Sloan – m'avait mise dans tous mes états. Sortait-il avec elle ? Probablement, oui, puisqu'il passait le plus clair de son temps à me parler d'elle et à me vanter ses mérites ! J'étais agacée. Pire encore, j'étais folle de jalousie. M'acharnant contre cette maudite fenêtre, j'avais rapidement été jusqu'à repousser Caleb. J'étais énervée, et il ne me fallu pas longtemps avant d'exploser, tant j'étais folle de rage.
Les mots que je prononçai alors, sous l'effet de la colère, dépassèrent ma pensée. J'avais été blessante, je le savais. Ca n'avait pourtant pas été mon but. Devant la méchanceté de mes mots, Caleb était resté muet, incapable de répondre quoi que ce soit... Probablement parce qu'il n'avait pas compris les raisons de mon agacement si soudain. Regrettant immédiatement mon geste, je m'étais éloignée, pour reprendre mes esprits. Après quelques instants, j'avais retrouvé mon calme, et je m'étais excusée, pourtant pertinemment consciente que des excuses ne suffiraient pas et qu'il me faudrait peut-être m'expliquer avec lui. Mais le faire, c'était tout lui avouer, tant pour mes sentiments pour lui, que ce que je pensais de sa relation avec Sloan. Le faire, c'était prendre un risque : celui de me le mettre à dos, et de le perdre.

Sans vraiment réfléchir à ce que je faisais, je lui avais alors tout dit, sur mes sentiments, déversant sans le vouloir un flot de paroles qui l'empêchait de me répondre quoi que ce soit. Tout lui avouer n'avait pas été chose facile. Je n'étais pas une jeune femme très démonstrative, en temps normal. J'avais bien souvent tendance à minimiser mes sentiments, préférant bien souvent passer pour une insensible plutôt que d'avoir à souffrir à cause de ces derniers. Mais les choses étaient différentes avec Caleb. Il savait réveiller quelque chose en moi, des sentiments que je n'aurais jamais pensé posséder, jusqu'à ce que je le rencontre, et c'était très probablement ce qui m'avait poussé à tout lui révéler. Mon coeur battant la chamade, je lui avais ainsi révélé tout ce que j'avais sur le coeur, de façon maladroite, et plutôt décousue, mais l'essentiel avait été là : je l'aimais, comme je n'avais jamais aimé personne, et je voulais qu'il le sache. Il était bien plus qu'un meilleur ami à mes yeux, bien plus qu'une légère amourette. Il était le seul homme que j'aie aimé à ce point, le seul que j'aimais suffisamment pour oser m'imaginer passer le reste de ma vie avec lui, pour imaginer qu'un jour, peut-être, je pourrais mettre au monde ses enfants. Avec lui, je me sentais différente. Quand il était à mes côtés, ma vie prenait tout son sens. Et c'était probablement là tout le problème : cette dépendance que j'avais de lui finirait par nous nuire, à tous les deux. Pour preuve, j'en étais déjà là, à lui faire une scène, alors qu'il n'avait rien fait, alors qu'il avait simplement voulu me parler de celle qu'il aimait.

J'étais stupide, et encore, le mot était faible. Je savais que mes sentiments n'excusaient pas mon geste, ni même la méchanceté avec laquelle je m'étais adressée à lui quelques secondes plus tôt et pourtant... C'était bien eux, qui m'avaient poussée à agir de la sorte. Parce que je souffrais à la simple idée de le voir s'éloigner de moi. Incapable de la moindre excuse supplémentaire, je m'étais arrêtée brutalement, réalisant avec désespoir que rien ne pourrait l'amener à me pardonner ni mon attitude, ni même mes révélations si soudaines. Je vis ses mains commencer à trembler, et après quelques secondes de silence, il fit un pas dans ma direction. Une lueur d'espoir illumina alors mon coeur, l'espace d'une demie-seconde seulement, avant que celui-ci ne se brise, lorsqu'il fit deux pas en arrière, en direction du salon. L'incompréhension devait aisément se lire sur mon visage. Que faisait-il ? M'approchant de lui, je le vis trébucher près de la table basse du salon.

« Je… Je… Il-il faut que j’aille… Faire un tour. » lança-t-il alors en guise d'explication, et, avant même que je n'aie eu le temps de réagir, il prit son blouson de cuir et quitta notre appartement.

Je restai un instant immobile, incapable de réaliser ce qui venait de se passer. J'avais une désagréable impression de déjà-vu, et pour cause, puisqu'il avait déjà pris la fuite, quelques mois plus tôt, lorsque je lui avais annoncé mon retour à Hope Mills, trouvant le même prétexte lorsqu'il était parti, et qu'il avait quitté la pièce avant de revenir, quelques heures plus tard. L'inquiétude qui m'habitait à cet instant était la même que celle qui m'avait habitée à l'époque : une peur, sourde, qu'il ne lui arrive quelque chose, qu'il ne remette jamais les pieds dans cette pièce.

Une nouvelle bourrasque de vent s'engouffra dans la cuisine, faisant tomber la planche que j'avais tant bien que mal fixée avec mon scotch. Le bruit de la planche tombée au sol me ramena à la réalité. Je sentis quelque chose de chaud et d'humide sur ma joue et passant une main sur celle-ci, je constatai avec stupéfaction que je pleurais. Parce que Caleb était parti. Il était parti. Sous la tempête. Cette idée me frappa de plein fouet, me faisant l'effet d'une gifle.

« CALEB ! » criai-je alors, pour le retenir, mais c'était malheureusement trop tard. Il était déjà sorti. Lâchant un juron, je me précipitai à sa suite, dévalant les escaliers plus vite que jamais, le coeur battant à tout rompre, non pas par l'effort physique que j'avais à fournir, mais plutôt par peur de le perdre, définitivement. Si ça n'était pas déjà fait. Une fois en bas de l'immeuble, je l'aperçus, immobile, sur le trottoir. Il me tournait le dos. Je sortis, me retrouvant bien rapidement trempée par la pluie qui s'abattait sur toute la ville.

« CALEB SULLIVAN ! », criai-je de nouveau, comme s'il s'agissait d'un enfant que je tentai de rappeler. M'approchant de lui, je m'exclamai, « C'est pas parce que tu te prends pour Superman que tu dois- »

Je m'arrêtai net en voyant ses yeux rougis par les larmes. Il pleurait. Caleb pleurait. A cause de moi. Mon coeur se serra, et je me pinçai les lèvres. J'étais vraiment idiote. La pire des idiotes. Jamais je n'avais voulu le faire souffrir, jamais je n'avais pas voulu mettre un terme à notre amitié et pourtant, c'était bien ce que je venais de faire... Je m'en voulais. Non pas que je regrette mes sentiments pour lui, mais je m'en voulais sincèrement pour m'être montrée si impulsive. J'avais su que tout lui révéler était une mauvaise idée, c'était bien pour ça que j'avais gardé le silence pendant si longtemps. Alors, qu'est-ce qui avait bien pu me prendre ce soir ? Pourquoi avais-je craché le morceau ? J'aurais dû me taire, le laisser parler de Sloan, peut-être même le laisser la rejoindre, si c'était ce qu'il avait voulu ! A cette idée, une voix dans ma tête se mit à hurler. Non. Même avec la meilleure volonté du monde, je n'aurais jamais pu le laisser la rejoindre. Parce que j'en aurais été malade de jalousie. Je poussai un léger soupir. Hésitante, je finis par déclarer, après quelques secondes de silence :

« C'était idiot, de te dire tout ça. Je ne suis qu'une idiote. Je sais que tu m'en veux – tu as tous les droits de m'en vouloir mais... C'est encore plus idiot de rester sous cette pluie. Ca t'avancera à quoi ? Tu veux mourir noyé, c'est ça ?! » ajoutai-je dans un demi-sourire, simplement pour détendre légèrement l'atmosphère, bien que ce soit peine perdue. « Sérieusement Caleb, rentre avec moi, s'il te plait. »

J'aurais pu lui dire que ça m'était vital, de l'avoir à mes côtés, et que c'était pour cette raison que je voulais qu'il rentre – ça, et aussi à cause de la tempête. Mais je savais qu'après la réaction qu'il avait eue, ça ne serait qu'en rajouter, et gâcher définitivement notre amitié. Or, ça n'était pas ce que je voulais. Je voulais qu'il oublie ce que je lui avais dit dans la cuisine, qu'il me pardonne, peut-être aussi, pour m'être montrée si égoïste. Je réalisai à présent que je n'avais pas eu la meilleure des réactions, bien au contraire. Mais ça avait été plus fort que moi. Et à présent, je n'espérais plus qu'une chose : qu'il finisse par me suivre, et par rentrer. Il voulait rester ici, sous la pluie, sous le tonnerre ? Très bien. Alors, je resterai aussi. Il était hors de question que je le laisse seul dehors par ce temps. Qu'il veuille de moi ou non n'y changerait rien.


HJ : C'est tout pourri, à côté du tien... >< Désolée :/
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MessageSujet: Re: So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb   Mer 28 Sep - 1:04



    Sa déclaration avait été si belle, si soudaine, si touchante, si parfaite, que comme le lâche que j’étais, j’avais fui. Tout comme je fuyais au plus possible les confrontations sérieuses avec mon père. Reese avait beau cacher ses sentiments, elle n’en restait pas moins capable de les gérer, au final. Pour ma part, c’était différent. Je les fuyais. Comment gérer tout cet amour que j’avais pour elle ? Comment l’aimer de la bonne façon ? De la façon qu’elle méritait ? J’en étais incapable, ça, c’était une certitude inébranlable, ancrée en moi. Un mec comme moi, un loser, n’avait et n’aurait jamais la capacité de garder et rendre heureuse une perle telle qu’elle.

    Je n’étais pourtant pas vraiment dépressif, dans mon genre, je m’acceptais très bien tel que j’étais, seulement ici, il n’était plus vraiment question de moi. Ce serait égoïste d’imposer à Reese un boulet comme moi. Se rendait-elle compte que si elle m’ouvrait son cœur, je n’accepterais certainement jamais d’en partir ?

    Lâche. Le mot résonnait dans ma tête alors que mes larmes se mêlaient aux gouttes de pluie. Inconscient de l’air froid qui me fouettait le visage, je ne pouvais plus que penser à elle, seule, que j’avais laissée en plan dans notre salon. Quel genre de personne fait ce genre de chose ?

    Elle devait être dévastée, et moi, comme un con que j’étais sans aucun doute, je restais debout, immobile, sous une pluie diluvienne, très certainement en train d’attraper froid.
    Il ne manquait plus que la musique triste et je me serais cru dans une série télé, comme seuls nous, les Américains, savons les faire.

    Faire un tour ? Mon Dieu, je me serais donné des baffes si je n’avais pas été dans cet état de transe étrange… Que m’arrivait-il ? Pourquoi, alors que ce soir venait de m’offrir ce que j’attendais depuis tellement longtemps – c’est-à-dire l’amour de Reese -, j’étais incapable de me réjouir, de répondre à ses avances ?...

    J’avais été pris au dépourvu. A peine rentré, je n’avais même pas défait ma valise qu’elle me balançait ça au visage. Non pas qu’il y ait vraiment de moment parfait pour dévoiler ce genre de chose, mais elle ne m’avait pas laissé le temps de lui dire. De lui avouer, plutôt, ce que mon boss de père m’avait confié quelques heures plus tôt… Ça aurait été dur à avouer avant, alors maintenant que j’étais au courant du fait que mes sentiments étaient partagés, ce serait une véritable torture. Pour moi comme pour elle, et ça, ça m’était inconcevable.

    Deux fois que je lui faisais le coup de la fuite sur un coup de tête. A cet instant, je me haïssais. Et puis sa voix me fit me sentir mieux… Je devenais fou, à l’entendre appeler mon nom sous une tempête, avec cette voix de maman contrariée… A moins que…
    Je fis volte-face pour me retrouver nez à nez avec elle.

    « C'est pas parce que tu te prends pour Superman que tu dois- »

    Déjà, elle était trempée jusqu’aux os et ma première idée fut que je me devais de l’emmener à l’abri du froid et de la tempête qui, je ne me faisais aucune illusion là-dessus, était très certainement en train de ravager la côte et autres parties sensibles de la ville.

    Ses yeux humides trahissaient les larmes qui à présent étaient dissimulées par l’eau de la pluie.
    Coupée dans son élan, elle me fixa étrangement, de son regard azur empli de douceur, de compassion et de culpabilité. Je me haïssais.

    Elle se pinça les lèvres, signe d’incertitude avant de se lancer à nouveau, devant mon mutisme, qui devenait inquiétant :

    « C'était idiot, de te dire tout ça. Je ne suis qu'une idiote. Je sais que tu m'en veux – tu as tous les droits de m'en vouloir mais... C'est encore plus idiot de rester sous cette pluie. Ça t'avancera à quoi ? Tu veux mourir noyé, c'est ça ?! » Elle afficha un petit sourire timide qui me fit fondre. Elle était si forte. Comment pouvait-elle encore faire preuve d’humour, après ce que je venais de lui faire vivre ?

    « Sérieusement Caleb, rentre avec moi, s'il te plait. »
    Elle me tendit une main implorante dont je me saisis, toujours silencieux.

    Nous n’avions pas fait un pas qu’un nouvel éclair surgit, plus fort encore que celui d’avant. Il marqua ma reprise de contact avec la réalité.

    « Attends. » Lui intimai-je, l’attirant contre moi. Je retirai difficilement mon blouson que je passai autour de ses épaules, afin de la tenir au chaud, puis je fixai mon regard dans le sien.

    « Je veux que tu m’écoutes avec attention, d’accord ? Tu n’es pas une idiote. Tu es la jeune femme la plus extraordinaire que j’ai jamais rencontrée. Tu es belle, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais pas seulement. Tu es drôle, intelligente, généreuse, attentionnée… Ne laisse jamais personne te convaincre du contraire. » Je marquai du pause et du bout du pouce, j’effaçai ce que je pensais être une larme sur la joue de Reese, et déposai ma main sur son cou. « Autre chose : je ne t’en veux pas. Je ne pourrai jamais t’en vouloir. C’est à moi que j’en veux. Je m’en veux d’être un con, je m’en veux d’avoir agi comme je l’ai fait, d’être parti au lieu d’affirmer mes sentiments, de te dire que moi aussi je t’aime comme un fou, depuis le début. Je m’en veux de ne pas être le genre de mec parfait qui s’occuperait de toi comme tu le mérites et je m’en veux d’être égoïste au point de finalement n’en avoir rien à faire parce que quoique je fasse, je ne pourrai jamais me faire à l’idée d’être loin de toi. Je t’aime, Reese. Je t’aime. Putain, ce que c’est bon de pouvoir le dire ! » M’écriai-je, à moitié en train de sautiller dans la rue. Nous étions seuls, seuls au monde.

    « J’AIME REESE DEWITT ! » Mon cri pouvait sembler ridicule – il l’était très certainement, d’un point de vue extérieur, mais il était aussi on ne peut plus libérateur.

    Retrouvant un semblant de contenance face aux émotions qui bouillonnaient en moi, je pris son visage entre mes mains, avec une douceur infinie.

    « Je t’aime. » Soufflai-je enfin, avant de pencher mon visage sur le sien. Nos lèvres s’effleurèrent d’abord en douceur, le temps d’un battement d’ailes de papillon, puis, se cherchant et se trouvant à nouveau, s’unirent dans un baiser tantôt tendre tantôt passionné, dont je ne voulais jamais voir la fin.

    Mon cœur battait la chamade, mais le bon type de chamade, celui qui rend heureux et donne envie de courir, chanter, danser, crier… Vivre.

    Lorsque nos visages se séparèrent finalement, nos souffles saccadés encore mêlés, je compris qu’il était temps que je lui parle. Que c’était le moment ou jamais.

    « Je… Il faut que je te dise quelque chose. Tu ne vas certainement pas aimer, mais tu dois savoir. Viens… »

    Je l’entrainais à ma suite dans le bâtiment, puis dans l’appartement où je nous préparai deux chocolats chauds, indifférent aux quasi-hurlements de Reese qui voulait savoir de quoi il en retournait. Je n’acceptai de parler que lorsque, installés côte à côté sur le canapé, enroulés dans une couverture épaisse, je la vis boire une longue gorgée de son mug fétiche.

    « Tu te souviens, quand je t’ai dit, avant de partir, que mon père voulait que je retrouve quelques-unes de mes anciennes notes des de potentielles publications ? Ce n’était qu’une demi-vérité. En réalité, il voulait que je rentre pour terminer d’organiser la tournée estivale de Mary McAdams, pour son dernier bouquin. C’est moi qui m’occupe d’elle depuis le début, et ce roman est déjà best-seller. J’ai tout essayé, je te le jure, mais je dois partir. J’ai pas le choix. D’après mon père lui-même, c’est ça ou je perds mon job. C’est trois mois, Reese. » Ajoutai-je, devant son air d’incompréhension. « Je pars trois mois, départ fixé à la semaine prochaine. Jusqu’au cinq septembre… »

    Je baissai les yeux, trop tourmenté pour soutenir son regard, mais je la sentis se serrer un peu plus contre moi.

    « Je comprendrais que tu veuilles qu’on en reste là pour l’instant, et qu’on voit où on en est, ce qu’on fait à mon retour. C’est certainement le plus raisonnable. »

    Je déposai un baiser au milieu de ses cheveux encore humides dont se dégageait ce parfum enivrant qui la caractérisait et qui me rendait fou. Ces trois mois promettaient d’être les plus longs de ma vie, une éternité.

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So here we stand, in our secret place, and it feels like home | Caleb

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